crackrockmountain:

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Hier, après une (trop) longue journée, j’ai vécu un moment assez désagréable dans le métro.

Je venais d’entrer dans la rame, j’étais encore debout dans l’attente de trouver une place assise et je tentais de reprendre mon souffle en m’accrochant tant bien que mal à la barre pour ne pas défaillir (mes poumons ayant la taille d’une demi-cacahuète fourrée à la nicotine, il m’en faut peu). Je n’ai donc pas fait attention au quadra lambda qui se tenait juste derrière moi - d’habitude, quand c’est bondé, je fais gaffe, rapport au nombre de chacals qui se frottent à mon cul sous prétexte qu’on est trop serrés et que “oops, le métro a pilé, lol” - mais là, il y avait suffisamment d’espace pour que j’éteigne mon radar et que je me concentre sur ma respiration.

Du coup, lorsqu’il a fait mine de se baisser pour ramasser un truc par terre, j’ai pas réagi. Et c’est ainsi que j’ai senti ses doigts se faufiler sous ma jupe et s’enfoncer dans mon entrejambe, à travers mes collants. 

Comme à ma triste habitude, j’ai réagi au quart de tour, je me suis retournée et je l’ai attrapé par les cheveux avant de lui matraquer la gueule à coups de petits poings osseux. Les autres passagers ont eu un moment de flottement, n’ayant pas assisté à la scène précédente, et se demandaient ce qui avait bien pu me passer par la tête pour que je me déchaîne violemment sur ce pauvre homme qui n’avait, semblait-il, rien demandé. 

Je me suis donc époumonée pour expliquer rapidement la situation, l’homme a tenté de placer quelques coups, en vain, et je l’ai recadré une dernière fois, juste avant que les portes ne s’ouvrent sur le quai et que deux gentilles paires de bras m’aident à le balancer hors de la rame, où il a dû passer quelques minutes à chercher ses dents avant de ramper jusqu’à son trou pour ne plus jamais en sortir (du moins, c’est tout ce que j’espère).

J’ai passé le reste du trajet à discuter vaguement avec les quelques personnes témoins de la scène, et je suis rentrée m’enfermer chez moi. Ce n’est qu’une fois en sécurité que j’ai pu me laisser aller et que je me suis mise à chialer comme une môme.

Je n’arrivais pas à me débarrasser de la sensation de ses doigts entre mes cuisses, et je la ressens encore aujourd’hui, comme dans une version un peu tordue du syndrome du membre fantôme. Je me suis sentie salie, souillée, déshumanisée, et depuis, j’ai la gerbe. Je suis en colère, surtout. Et je culpabilise un peu d’être affectée par la situation alors que bon, hein, concrètement, y a plus affolant comme réaction après une agression sexuelle. 

Ce qui m’attriste, c’est que c’est pas la première fois que je vis un truc pareil, et que ce ne sera sûrement pas la dernière. Dans mon entourage, j’entends chaque semaine une nouvelle histoire semblable. La semaine dernière j’avais déjà fait fuir un exhibitionniste dans le métro, un vieux chien galeux qui s’amusait à foutre son érection (sous pantalon moulant) sous le nez des jeunes filles qui voyageaient seules. 

Y a rien de nouveau, rien d’extraordinaire, rien de surprenant à tout ça - ça ne m’apprend rien, ça ne m’étonne pas, ça n’étonne pas grand monde d’ailleurs, et ça fait partie des galères du quotidien, et c’est bien ce qui me rend malade.

J’en ai ma claque que notre existence soit ponctuée d’évènements de ce genre, j’en ai marre de devoir tirer sur ma robe alors que je me trouvais super belle en sortant de chez moi parce qu’un connard m’a fait une remarque ou passe de longues minutes à me dévisager, j’en ai marre de culpabiliser, j’en ai marre de flipper, j’en ai marre de me méfier, j’en ai marre de répondre “ouais, c’est la vie”, j’en ai marre de regarder sans cesse derrière moi quand je rentre tard, j’en ai marre de devoir penser à tous les détails à la con qui pourraient éventuellement m’éviter de me faire agresser ou violer dès que je fous un pied dehors, j’en ai marre de devoir marcher avec de la musique à fond dans les oreilles pour éviter d’entendre les remarques de tous les mecs qui ouvrent leur gueule quand je marche dans la rue, j’en ai marre de me dire que ouais, j’suis prête à me prendre une patate dans la gueule s’il le faut mais que merde, je me laisserai plus faire, c’est fini, parce que bordel de merde je devrais pas avoir à faire tout ça et je devrais pas avoir à accepter le fait que se prendre une mandale est une conséquence normale et qu’après tout, j’aurais mieux fait de laisser couler. 

Ça me gonfle.

Et ça fait pas avancer le bordel de râler, mais putain, à ce stade, on fait quoi ? Je vais pas m’amuser à tabasser tous les connards qui se permettent de me toucher, j’ai quand même autre chose à foutre de mes journées. 

Tous ceux qui se frottent contre moi dans le métro, qui mettent leur main un peu trop près de la mienne sur la barre pour me caresser du bout de leur doigt, qui m’attrapent des mèches de cheveux au vol, qui laissent trainer leur main à 1mm de ma cuisse et qui profitent de la moindre secousse pour parcourir la distance restante “accidentellement”, qui me dissèquent et me déshabillent longuement du regard sans la moindre pudeur, qui poussent des “hmmmmm…” sur mon passage, qui m’ordonnent de sourire pour eux, de leur dire bonjour, de leur répondre, d’aller prendre un verre avec eux, de les suivre chez eux, de monter dans leur bagnole, de leur filer mon numéro, la liste est longue putain, et ça me fout la gerbe. 

Ça me gonfle, ça me gonfle, ça me gonfle, et je sais pas quoi faire, et je peux rien y faire, et ça m’énerve, et j’en ai marre, et ça me gonfle, et putain, sortez-moi de là. 

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